Après 22 ans à traquer les explosions les plus violentes de l'univers, le télescope Swift de la NASA va se désintégrer dans l'atmosphère d'ici le 5 novembre. L'engin de 1,5 tonne n'a aucun moyen de contrôler sa chute, et la mission commerciale censée le sauver a elle-même brûlé en septembre. L'agence américaine, elle, est très sereine.
C'est le Soleil qui a précipité sa chute
Lancé en novembre 2004 pour une mission de deux ans, Swift tournait à l'origine à 600 kilomètres d'altitude. Le pic d'activité solaire de ces derniers mois a gonflé la haute atmosphère, le freinage s'est accentué, et l'observatoire est descendu jusqu'à 275 kilomètres fin octobre, le seuil qui a poussé la NASA à couper les opérations scientifiques le 23 octobre. Comme Swift n'embarque aucun système de propulsion, plus rien ne peut le retenir. Les prévisions de l'Aerospace Corporation placent son entrée probablement dans la journée du 4, demain donc. Même à quelques heures de l'échéance, la marge d'erreur sur le point de chute se compte encore en milliers de kilomètres.
Son robot de secours a brûlé avant lui
La NASA avait pourtant tenté un sauvetage inédit. Elle a financé à hauteur de 30 millions de dollars la société Katalyst Space Technologies, chargée d'envoyer un petit vaisseau à trois bras, Link, pour agripper le télescope et le remonter sur une orbite plus durable. Link a décollé le 3 juillet, puis a enchaîné les ennuis électroniques et perdu deux de ses trois roues à réaction. Il ne restait plus assez de carburant pour finir le travail et la mission a été abandonnée le 19 août. Le robot s'est ensuite désintégré dans l'atmosphère fin septembre, après 85 jours en orbite. Le sauveteur a donc brûlé avant celui qu'il devait sauver.
Quelques pièces pourraient arriver jusqu'au sol
La plus grande partie du télescope se vaporisera très haut, mais les pièces les plus denses pourraient tenir le choc, en particulier les volants d'inertie en acier et certains éléments d'optique en titane et en verre épais. Son orbite ne survole que la bande comprise entre 21 degrés de latitude nord et sud, une partie de l'Afrique, de l'Asie du Sud-Est et de l'Amérique latine, et surtout énormément d'océan. La France est très loin au nord de cette zone, aucun volant d'inertie ne finira donc dans votre jardin. La NASA estime le risque de blessure bien en dessous de son seuil de 1 sur 10 000, et les spécialistes du suivi orbital parient sur un plongeon en pleine mer.
On en dit quoi ?
Swift devait durer deux ans, il en a fait vingt-deux, avec 1 800 sursauts gamma observés, 1 400 supernovas cataloguées et des milliers de publications à la clé. Pour une sonde de cette génération, on ne fait pas beaucoup mieux. Sa fin est moins glorieuse, mais bon, l'engin date d'une époque où personne ne budgétait la désorbitation propre d'un satellite. Avec le trafic actuel en orbite basse, ce genre de rentrée incontrôlée va devenir une habitude, et on ferait bien de s'y préparer un peu mieux que ça.